Votre navigateur ne supporte pas JavaScript et vous n'avez pas accès à toutes les fonctionnalités du site.
Veuillez vérifier que JavaScript est bien activé sur votre navigateur.

COUPE DE FRANCE - 1er tour - Vendredi 4 septembre 2020 au club face à l'ACB Orly

Le Club : Etape 3 - Un jeu de pantouflards

Troisième étape de notre Tour de nos régions à la découverte des variantes des jeux de boules

Tour de France des jeux de boules - Etape 3

 

Cela fait déjà deux jours que nous nous baladons autour de nos contrées et de l’Histoire à la découverte des variantes des jeux de boules. Peut être commencer vous à fatiguer ? Alors je vais vous faire découvrir un jeu plus calme et surtout beaucoup plus confortable : la Boule de Fort.

 

Autant la pétanque est exubérante, avec ses joueurs discutant violemment sur les petites places du midi, autant la boule de fort est calme, image de sa région, la Touraine, l’Anjou, jardins de la France. On pense aussitôt aux innombrables châteaux magnifiques, mais on ignore un peu qu’aussi nombreuses sont les sociétés de boules. Le petit village de Beaufort n’en compte pas moins de six par exemple. Les terrains de jeu sont installés dans de longs bâtiments aux toits couverts d’ardoises et aux murs percés de nombreuses fenêtres. De l’extérieur on dirait plutôt un atelier ou une étable. La surprise en est d’autant plus grande d’y découvrir un jeu parfaitement entretenu, d’une propreté méticuleuse, où règne un silence paisible, à peine troublé par les murmures venant de la buvette voisine. Mais je vous parlais de confort, en effet, la caractéristique de cette discipline est de jouer en pantoufle pour ne pas abimer le terrain.

 

Histoire de la Boule de Fort : entre mythes et légendes

 

Certains affirment que ce sont les mariniers de la Loire qui auraient imaginé le jeu de la Boule de Fort en jouant avec des grosses billes dans le fond des gabares. Comment auraient-ils pu vaincre les obstacles formés par les nervures qui forment la charpente des bateaux ? Cette affirmation paraît difficilement crédible. D’autres se plaisent à dire que les forçats de Jeanne de Laval, qui avaient été amenés pour construire la Levée de la Loire, passaient leur temps libre à jouer dans les fossés avec leurs boulets. Cela voudrait alors dire qu’ils étaient libres de leur mouvement et qu’ils avaient tout loisir de s’évader. Cette hypothèse ne peut être que légendaire. Sous le Premier Empire, des grognards espagnols, de fins maçons, auraient été enrôlés pour renforcer la Levée. Ils auraient amené avec eux des boules de bois avec lesquelles ils jouaient dans les cales des bateaux. Avec de l’imagination on peut effectivement penser que la coupe d’un jeu de boule de Fort ressemble à celle des bateaux à fond plats qui naviguaient à cette époque sur la Loire. On trouve pourtant des jeux de boules apparentés à la Boule de Fort dans différentes régions de France et d’Europe mais qui ne sont pas riveraines d’un fleuve navigable : en Bretagne (La Boule de Morlaix), en Flandre (La Bourle) et en Angleterre (English bowls) pour ne citer que ceux-là.

 

En 1900, dans les Mauges on ne jouait pas avec les mêmes boules que dans la vallée de la Loire et, dans le Baugeois, on utilisait des grosses boules en bois de gaïac dont le diamètre pouvait atteindre 20 cm et qui pesaient jusqu’à 6kg. Il existait encore 3 sociétés, en 1945, qui pratiquaient le jeu avec des boules de gaïac au Vieil Baugé. Toutes ces boules utilisées dans la grande région Angevine avaient néanmoins une forme particulière, elles n’étaient pas tout à fait sphériques et, pour les diriger il n’était pas possible de jouer sur un terrain plan. Ces boules étaient souvent des billes de roulement usagées qui provenait des moulins qui jalonnaient la Loire. Les billes de gaïac servaient de rotule dans la rotation des axes verticaux de grandes dimensions. Le terrain de jeu a sans doute été un chemin creux avant d’être un coin de jardin aménagé, battu et roulé. Ce jeu de boule s’est développé ensuite là ou la qualité de la terre pouvait le permettre, souple et argileuse à la fois : c’est à dire en Vallée. Le premier challenge public de boule, les 16 et 17 juillet 1905 à Asnières, a montré qu’il n’était pas possible de jouer avec des boules aussi différentes les unes des autres. La Fédération a été fondée en 1907 dans le but de réglementer le jeu de la Boule de Fort. La forme de la boule et la nature de la piste se sont uniformisées petit à petit, en référence aux consignes fédérales, pour devenir ce que l’on connaît aujourd’hui.

 

Le jeu dans la pratique

 

Les boules et le jeu ont de nombreuses similitudes avec les bowls anglais ou les bollenspelen flamands (que nous découvrirons dans quelques jours). Le maître, presque identique au jack anglais est poussé du pied entre deux lignes transversales peintes sur le terrain. Le jeu est large d’environ 6 mètres et long de 20 à 28 mètres. Il est légèrement concave. Les parties se jouent en 10 ou 12 points, à 2 contre 2 ou 3 contre 3. La particularité, c’est le côté dissymétrique de la boule, avec un coté plus lourd, le côté du fort. Quand on joue la boule elle est tenue par son fort et en ralentissant c’est de ce côté qu’elle penchera pour finir son parcours. Elle pèse environ 1,5 kg et mesure de 10 à 13 cm de diamètre. Fabriquée en bois de cormier ou en synthétique, elle est cerclée de fer pour la solidité et son prix monte en conséquence jusqu’à 130 euros et plus.

  

Comme je vous le disait tantôt, avant d’entrer sur le jeu, particulièrement lisse, en matière synthétique de nos jours, les joueurs chaussent des pantoufles afin de ne pas abimer le terrain. Le joueur essuie sa boule, la polit consciencieusement puis la fait glisser doucement vers le maître. Tout se passe dans le silence avec même une sorte de recueillement. Les commentaires à voix basse ne sont parfois que de simples soupirs. Puis tout change quand le tireur entre en jeu pour déloger une boule adverse trop bien placée. La boule, lancée impitoyablement bouscule tout sur sa trajectoire souvent parabolique et bouleverse complètement le jeu. Le sang-froid des joueurs est véritablement impressionnant. “Ce jeu, ça calme !” disent les joueurs.

 

J’espère néanmoins ne pas vous avoir trop calmer avec cette rubrique car demain je vous emmène dans les Pays de la Loire à la découverte d’un sport qui se rapproche étrangement du bowling : la Boule de Sable.

 

 

En savoir plus sur l'auteur

Nicolas DONNART

Bureau (Secrétaire Général)